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ECHO – Revue Interdisciplinaire de Communication. Langages, cultures, sociétés 

CFP numéro 8/2026, sous la direction de Vincenzo Susca et Phillipe Joron

 
 

La beauté et l’artifice.

Arts, esthétiques et vie quotidienne dans l’imaginaire contemporain

 

La beauté ne réside plus – ou plus seulement, ni principalement – dans les lieux où le système de l’art l’a conservée et exposée, de la Renaissance au XXᵉ siècle. Elle s’écoule vers d’autres bassins sémantiques que ceux des musées, des galeries et des académies. Elle jaillit de lieux improbables, s’infiltre entre des pratiques, des scènes et des corps périphériques par rapport aux centres névralgiques politiques et culturels, et imprègne des formes inimaginables pour l’intelligentsia artistique de tradition classique – des gourdes aux sneakers, des sourcils aux licornes, des NFT aux chatons du web. À l’époque de l’hyper-visibilité, de la connexion perpétuelle et de l’esthétisation diffuse de l’existence, la beauté semble avoir perdu son lieu d’élection sans pour autant se dissoudre. Bien au contraire, elle migre, se fragmente, se dissémine : elle délaisse les instances institutionnelles qui l’ont longtemps protégée pour s’infiltrer dans les territoires de l’ordinaire, les flux numériques, les marges urbaines et symboliques, les pratiques quotidiennes et les corps. Elle n’est plus un objet rare à contempler à distance, mais une condition atmosphérique, ubiquitaire et instable, qui enveloppe la vie sociale, la transforme et la met en scène. Le prochain numéro d’Echo entend interroger la métamorphose contemporaine du beau à partir de la tension, de plus en plus manifeste, entre art et artifice, entre expérience esthétique et dispositifs techniques, entre désir d’authenticité et prolifération de simulacres. Dans un monde où images, médias, algorithmes et objets semblent supplanter les sujets, quel statut la beauté assume-t-elle aujourd’hui ? Quelle forme prend l’expérience esthétique lorsqu’elle s’entrelace avec les reels, les mèmes, les filtres, les avatars, les plateformes immersives et les intelligences artificielles génératives ? Que reste-t-il de l’art et de son public lorsque la distinction entre spectateurs et créateurs s’amenuise jusqu’à se dissoudre, laissant émerger des figures hybrides d’auctorialité diffuse et de participation performative ? Loin aussi bien des nostalgies restauratrices que des enthousiasmes technophiles, la publication invite des regards, des recherches et des perspectives capables de décrire et d’interpréter les territoires hybrides où se joue le sens du présent esthétisé. Ici, le beau ne se laisse réduire ni à une catégorie du goût ni à un simple ornement du monde, mais se configure comme un champ de bataille symbolique, une zone de friction entre euphorie et malaise, enchantement et inquiétante étrangeté, sublime et grotesque. Dans cette perspective, l’artifice n’est pas l’opposé de la vérité, mais l’une de ses modalités contemporaines d’émergence : une blessure lumineuse qui expose, révèle et, en même temps, désoriente. Les pratiques artistiques, médiatiques et culturelles envisagées traversent des disciplines et des langages hétérogènes afin de restituer la complexité d’un paysage dans lequel l’art ne meurt pas, mais se disperse dans la vie quotidienne, se recrée dans les gestes minimes, les ritualités numériques, les esthétiques marginales et les restes. Dans une telle diaspora du beau, la vie elle-même, tout comme le monde dans son ensemble, tend à devenir œuvre, tandis que l’œuvre se transforme en événement, en expérience, en relation. L’objectif du numéro est donc d’explorer les formes à travers lesquelles la beauté est aujourd’hui habitée, performée et consommée, sans séparer les arts « majeurs » des cultures populaires, ni les langages institutionnels des expressions émergentes et underground. Seront particulièrement appréciées les contributions adoptant des perspectives transdisciplinaires et trans-médiatiques, capables de lire l’imaginaire contemporain comme un entrelacs de pratiques esthétiques, de dispositifs techniques et de formes de vie. Le numéro accueille des contributions théoriques et empiriques, à visée analytique ou expérimentale, issues notamment de la sociologie de l’imaginaire, de l’art et de la communication, mais aussi de la médiologie, de l’esthétique, de l’histoire de l’art et des cultural studies, pourvu qu’elles s’attachent à interroger la beauté non comme valeur stable ou simple catégorie du goût, mais en tant que processus instable et artificiel, environnement situé au croisement de l’art et de la vie quotidienne.

 

Calendrier et dimensions:

Résumé (abstract): 13 mars 2026

Notification d’acceptation: 14 avril 2026

Remise de l’article: 30 juin 2026

Publication: 30 novembre 2026

Longueur de l’article: min 6000, max 7000 mots.

Pour proposer un article, écrire à : rivista.echo@uniba.it, vincenzo.susca@univ-montp3.fr

 

Bibliographie de référence essentielle

 

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